Le 27 août 2025, 18h. Les données de bouée au large d’Oléron ne laissent plus de doute. La houle attendue est là, née d’une impulsion cyclonique de la tempête Erin. Les vents soufflent du sud-sud-est à dix nœuds maximum. Des conditions parfaitement offshore. C’est le genre de fenêtre qui réveille les rares spots de tow-in de Charente-Maritime. La planification se confirme sur WhatsApp. La session peut commencer. La journée débute sur une bouée-balise entourée d’épaves. Une mise en jambes avant de viser le vrai objectif. Car tout le monde sait où cette session doit finir. Il faut toutefois patienter. La marée et la houle n’ont pas encore ouvert les portes de Fort Boyard.
Dans la houle
L’équipe se retrouve à l’aube au port des Minimes, à La Rochelle. Bruno Sroka arrive avec son matériel. Vincent, alias The Captain, de French Bay Adventures charge son Zodiac pour assurer la sécurité et la logistique. Tout est ensuite vérifié. Jet ski, sled, foils, planches, gilets d’impact, casques. Rien ne manque. Quarante minutes de navigation plus tard, la houle se dresse à plus d’un mille du spot. La bouée émerge dans un brouillard d’embruns. Des séries de 2,5 à 3 mètres pulsent régulièrement. Ce n’est pas le gabarit du Pays Basque ou des Landes. C’est toutefois plus que suffisant pour faire monter l’adrénaline. La conviction est partagée dans l’équipe. Avec cette houle, Fort Boyard va tout donner.

Les premières vagues
Le jet ski entre en action sur la bouée-balise. Les premières bombes déferlent. Le pilote enchaîne ses passes, puis glisse la corde aux plus jeunes. Titouan Dizet, habitué des podiums iQFoil, charge avec confiance. Trop, sans doute. Il se retrouve englouti dans un rouleau épais et ressort en souriant. Prêt à recommencer. C’est ensuite le tour de Laurène Prieur. Première fois en tow-in, car elle pratique habituellement le wingfoil. L’équipe prend le temps de la préparer. Une série XXL se lève à l’horizon. Le ski s’élance, carve à la base de la vague et la positionne au pic. La corde se libère sur un mur qui pitche. Pendant une seconde, Laurène disparaît dans la masse d’eau. Mais elle ressort lancée à pleine vitesse, ancrée sur sa planche. Toute l’équipe explose.

L’appel de la forteresse
Après des heures de surf, le moment arrive enfin. La marée s’aligne, le vent faiblit. La houle continue de pousser et Fort Boyard appelle. En chemin, l’équipe embarque Bruno Sroka. Il a conduit depuis la Bretagne ce matin-là pour ne rien manquer. Quatre heures dans l’eau, pourtant la vue de la forteresse suffit à tout recharger. Fort Boyard se dresse, immuable, défiant le vent et la mer. La houle se déroule sur plus de 600 mètres de récif. Elle forme une chaîne de pics avant de se fracasser contre les 68 mètres de muraille. Irréel. Une session mixte s’organise. Lilian Blugeon, le plus jeune du groupe, gréé une aile pendant que le jet ski tow les autres riders. La complicité construite au fil des années fait le reste.

L’assaut
L’océan frappe le récif et se replie en une vague qui longe la pierre sur toute sa longueur. Le premier rider lâche la corde. Il pompe droit sur la ligne et glisse ainsi à quelques mètres de la forteresse. C’est la vague qu’ils imaginaient depuis des années. Le bateau explose de cris. Le pilote reprend ensuite la corde à son tour. Une grosse série se lève. Le ski carve fort et le catapulte droit dans la face. Le mur d’eau monte, épais et puissant. La vague se redresse, presque verticale, avant d’exploser contre la pierre. Elle crée dès lors une ligne de course le long de la forteresse elle-même. La vitesse s’emballe, la muraille de vingt mètres défile sur le côté, la houle rugit dans le dos. Un vertige pur, hors du temps. Le rider sort de la vague, cœur battant. Les regards s’échangent. Un instant gravé.

Épilogue
Six heures dans l’eau. Les muscles sont à plat, les esprits comblés. L’équipe reprend la route vers La Rochelle. Chacun a eu son moment. Titouan et Lilian sur leurs premières bombes, Laurène sur la vague du jour, Bruno avec son expérience tranquille, Vincent pour sa gestion irréprochable de la sécurité. Ensemble, ils ont surfé une vague aussi rare que mythique. Un spot qui exige, d’ailleurs, un alignement parfait de houle, de marée et de vent. Une vague qui pourrait bientôt disparaître. Fort Boyard est en cours de restauration. Un brise-lames pourrait bientôt le protéger de l’érosion. Peut-être était-ce la dernière fois.
Ce jour-là était unique. Unique pour la rareté du spot, la folie partagée en équipe et l’alchimie de complicité quand tout s’aligne enfin.





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